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Interview de profs #2 Alban Martin

November 29, 2010

Alban Martin est maître de conférences associé au CELSA-Paris IV et est l’un des experts du Social Media Club France. Au sein du master MISC, il intervient notamment sur les problématiques liées au marketing viral et à l’économie du gratuit sur internet.

A l’occasion de la sortie de son ouvrage “Egocratie et Democratie, la nécéssité de nouvelles technologies politiques(éditions FYP), je l’ai interrogé sur cet ouvrage qui questionne les notions de représentation politique à l’heure d’Internet.

  • Egocratrie et Démocratie…” part du constat que la France souffre d’un déficit de représentation politique, et que si la société a changé, la sphère politique demeure immobile. Quel a été l’élément déclencheur de votre réflexion? Est-ce l’expression “démocratie participative” lancée en 2007 par S. Royal ?

Effectivement, le contexte de l’exercice de la représentation démocratique a changé. Les représentants ont de plus en plus de difficulté à anticiper et planifier, aux bornes du pays, les éléments technologiques, économiques, et sociaux qui sont à prendre en compte dans les grandes orientations.

En outre, les médias sociaux ont transformé en profondeur l’espace public et le rôle de l’opinion public, qui s’invite aux portes du parlement de plus en plus souvent. C’est surtout l’observation de l’expertise technique et de l’impact d’individus isolés et non politisés sur les délibérations qui a déclenché ma réflexion. La lecture du livre critique “De la démocratie participative” de Marc Crépon et Bernard Stiegler en 2007 a confirmé la nécessité de penser différemment la représentation, plutôt que de se contenter des raccourcis intellectuels confortables que sont les expressions de “démocratie participative” ou “démocratie de proximité”.

  • Le ton didactique de votre livre est très prononcé, il m’est apparu presque comme un « mode d’emploi » de la représentation politique à l’heure des nouveaux médias. A quel public vous apparait principalement destiné votre ouvrage ?
Tout à fait, le net hiérarchise les prises de parole, que ce soit de manière technologique (via les outils qui supportent ou classent ces prises de parole), ou bien, comme dans la “vraie vie”, via un jugement sur votre status ou votre bagage culturel, reflété par exemple dans votre manière de vos exprimer en ligne. Par contre, il faut comprendre le sens du verbe “accueillir” dans la phrase ci-dessus comme le fait que la toile accueille comme élément constitutif de l’espace public numérique n’importe quel type de propos :
que ce soit un avis personnel et futile sur un page facebook lue par 10 amis, mais dont les réglages de visibilité rendent ces propos visibles par tous ceux qui fouinent via les moteurs de recherche (Cardon, 2010) ;ou un blog spécialisé sur la politique, très bien référencé et cherchant délibérément à être lu par le plus grand nombre, avec un argumentaire très poussé.
  • Vous suggérez au monde politique des préconisations de dispositifs collaboratifs et « interactifs » (et non participatifs !) notamment en vous inspirant de certaines initiatives du domaine marchand. Avez-vous eu des retours de la part des politiques ou de conseillers?
Tout à fait, le livre a été écrit pendant une période de recherche à temps plein de plus de six mois, qui m’a permis de rencontrer et étalonner ces propositions avec des représentations politiques de tout niveau : élus locaux, régionaux ou conseillers nationaux (travaillant dans les ministères notamment).

J’ai également interviewé des militants politiques, ainsi que des  aspirants àdevenir “représentant” du peuple. Les réactions sont diverses, comme vous pouvez l’imaginer. La représentation démocratique est avant tout une affaire d’individus, donc de subjectivité. On pense trop la démocratie comme une mécanique constitutionnelle et conceptuelle (“l’idée de démocratie”), là où une grande marge de manœuvre est laissée aux représentants et aux citoyens pour trouver un équilibre de pouvoir.
Nos représentants ne seront jamais “transparents”, au sens de laisser passer lalumière, par construction : leur subjectivité leur permet de généraliser les besoins d’individus physiquement et socialement totalement disparates. Dès lors, les représentants qui sont familiers des medias sociaux, ou qui ont tout simplement une curiosité d’esprit, ont un général une envie de comprendre ces “nouvelles technologies politiques”. Les autres, beaucoup moins, quelque soit le bord politique, là n’est pas la question.

  • Vous concluez sur les limites des « technologies politiques » en citant l’exemple de Barack Obama. Vous préconisez la création en France d’une équipe interministérielle dédiée à ces questions, pensez-vous que le Secrétariat d’Etat à la Prospective et au Développement de l’Economie Numérique puisse parvenir à fédérer ?

Je cite effectivement “l’exemple d’Obama” pour mieux pointer ses limites. C’est un exemple “à suivre” dans la période électorale, mais un réel “contre-exemple” dans l’intermittence du suffrage universel. Il n’a pas su transformer autrement qu’en outil de lobby sur le pouvoir législatif (qu’il ne détient pas) le fabuleux engagement de 2008. De nouvelles technologiques politiques sont à inventer pour permettre aux représentants, une fois élus, de faire corps avec les citoyens qui souhaitent s’engager, afin de façonner le bien commun. Ces nouvelles technologies politiques de légitimité, utilité, prédictibilité, d’agilité et de connaissance, doivent être transverse à tous les ministères : il n’y a pas de sujet politique qui doive rester en dehors de la “représentation interactive”. Plutôt que le Secrétariat d’Etat à la Prospective et au Développement de l’Economie Numérique, je pensais plus au Services d’Information du Gouvernement, pour leur rattachement au premier ministre et leur aspect transverse. Mais sans doute une organisation ad’hoc est elle à trouver.

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