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« Les métamorphoses du livre et de la lecture à l’heure du numérique »

November 28, 2010

Mercredi 24 novembre, à la Bibliothèque Nationale de France, a eu lieu la troisième journée du séminaire national «Les métamorphoses du livre et de la lecture à l’heure du numérique ».

La dernière table-ronde s’intitulait « la « lettrure » : renaissance de l’écriture-lecture dans l’espace du numérique». Y participaient Milad Doueihi, fellow de l’Université de Glasgow, Valérie Jeanne-Perrier, Maître de conférences au CELSA, Julia Bonaccorsi, Maître de conférences à l’Université Paris-Est et enfin Emmanuël Souchier, Professeur en sciences de l’information et de la communication au CELSA, chargé d’un cours sur «Les transformations et pouvoirs de l’écriture» en section MISC (et modérateur de la table-ronde). Je reprends ici quelques grands points de son intervention.

 

La lettrure renaissante
E. Souchier est revenu sur la notion de « lettrure » qui, au Moyen-âge, désignait de manière interdéterminée les activités de lecture et d’écriture perçues comme une seule et même activité.
De nouveau, lecture et écriture sont indissociables dans la culture numérique. Pour bien comprendre ce phénomène, les objets informatiques doivent d’abord être considérés comme des dispositifs destinés à la communication. Ils présentent de plus une particularité phénoménologique dans la mesure où ils manifestent une double pratique : ce sont des outils d’écriture et de lecture. Ils donnent lieu à une activité de lettrure qui devient incontournable. L’ensemble des signes, objets et pratiques de la lettrure sont réunis sur un seul média : l’écran dit «unimédia ». E. Souchier a posé l’importance du lien hypertexte comme « signe passeur » qui permet de circuler dans la textualité électronique.

La matérialité de l’objet technique
La lettrure est constituée de différentes couches textuelles. E. Souchier a pris l’exemple de la « machine ordinateur » à travers laquelle on en saisit les conditions de pratique. L’objet ordinateur est dit « hypertélique », c’est-à-dire qu’il appartient à une chaîne de dispositifs techniques dont l’utilisateur ne peut se libérer. (En biologie, la notion d’hypertélie désigne le développement hypertrophique de certains organes pouvant occasionner une gêne. Le philosophe G. Simondon se l’est réappropriée pour décrire le mode d’existence des objets techniques).
« Il n’y a pas plus formel que ce dispositif» a insisté E. Souchier. Une fois l’ordinateur allumé, l’utilisateur doit lancer le système puis, au sein de ce système, ouvrir un logiciel pour effectuer une tâche. Il a donc besoin d’outils textuels qui conditionnent sa pratique de la lecture et de l’écriture. Enfin, pour mieux maîtriser les gestes convenus dans la pratique de lettrure via les médias informatisés, il y a nécessité de les oublier. C’est là l’enjeu de la mémoire de l’oubli théorisée dans les travaux de Merleau-Ponty.

Lettrure numérique et textualisation des pratiques sociales
Les dispositifs articulent des données techniques, formelles et des usages. Les médias informatisés, au carrefour des cultures informatique et marchande, conditionnent la littératie numérique qui est au cœur des représentations ainsi que des pratiques culturelles et sociales.
Il existe un autre paradoxe dans la société contemporaine, qui est dite, à tort, dominée par l’image. De tels dispositifs contribuent à textualiser la pratique de l’image. Il y a « renaissance » de l’écriture-lecture dans l’espace de la culture numérique, ce qui correspond à une textualisation des pratiques sociales. Il s’agit donc de prêter attention au contexte politique, économique et social. Car à travers les circuits marchands et les canaux de distribution, se développe la pratique de nouveaux médias.

Le développement de la pratique de la lecture-écriture s’est effectué dans le cadre de l’économie libérale. Les années 1990 sont marquées par l’appropriation des nouvelles pratiques de lecture-écriture et de l’image du texte, c’est-à-dire de la dimension constitutive de l’image et du texte. L’image du texte permet au texte d’exister et cette réalité duale de l’écriture fait sa richesse et sa spécificité. Par le biais des logiciels, on se réapproprie la mémoire des formes. À une phase initiale euphorique a succédé une période de standardisation des outils, liée à l’apparition d’Internet. Les années 1990 et 2000 marquent leur diffusion au sein de l’espace social. L’internaute n’est plus seulement typographe, il devient aussi émetteur. Toute la chaîne de l’édition et de la circulation du texte, est concernée par ces mutations fondamentales. Le statut de l’usager doit donc être réagencé et l’éducation littéraire ne peut se permettre de passer à côté: le texte est constitutif du média.

2 Comments leave one →
  1. Magali_M permalink
    November 29, 2010 3:51 pm

    Mention spéciale au croquis de Sophie🙂

Trackbacks

  1. Milad Doueihi, un humaniste converti au numérique « Celsa-Misc Le Blog

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