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Et les politiques nous souhaitèrent bonne année

January 10, 2011

Le passage en 2011 aura été l’occasion pour les politiques de présenter leurs traditionnels vœux. L’innovation, nous a-t-on prévenu, réside cette année dans deux initiatives :

1) Les vœux présidentiels ont eu lieu le 31 décembre et non le 1er janvier (ooooh)

2) Ils ont été retransmis directement sur Dailymotion (aaah). Rien de novateur pour cette dernière initiative en forme de pétard mouillé puisqu’elle n’est rien de plus qu’un direct sur Internet comme on les connaît pour les soirs de match. Certes, on peut toujours louer l’effort de l’Elysée de se mettre (un peu) à jour côté web 2.

Du reste, les vœux présidentiels ont eu lieu traditionnellement devant la presse, n’ont changé de format, ni de ton. 2011 n’aura pas été l’année de la rupture pour cet exercice avant tout formel. De même, les vœux politiques des principales personnalités politiques (Ségolène Royal, Dominique de Villepin, François Bayrou…) ont donc proliféré comme de coutume sur leurs sites dédiés  adressant des vœux conventionnels et attendus, destinés principalement à leurs militants et sans véritable potentiel de viralité.

Alors pourquoi ? Quel est alors le véritable intérêt des politiques à placer leurs vœux sur Internet ?

Dans le cas des personnalités politiques, hormis N.Sarkozy qui bénéficie d’une couverture « événementielle » par la télévision, Internet offre une possibilité de diffusion à plus grande échelle que celle des médias traditionnels qui leur auraient donné une visibilité limitée. Ce processus permet également de faire sens, d’indiquer  « nous sommes sur Internet », en affichant pour peu de frais une modernité quelque peu « au rabais ».

Mais la présence sur Internet des vœux des politiques est indispensable, dans le sens où « elle ne pourrait pas ne pas être », un silence internet pouvant être perçu comme un archaïsme. Mais la médiatisation et surtout la  viralisation du message (qui se base principalement sur des éléments fédérateurs comme le rire, le choc etc…) sont très  limitées en raison de son caractère purement institutionnel, lequel crée un décalage frappant avec l’imaginaire du média dans lequel il se déploie.

En ce début d’année 2011, ce sont les vœux d’Hervé Morin, qui reçoit dans sa cuisine, avec des fiches mal dissimulées dans ses casseroles, qui ont su attirer l’attention. Il remporte l’estimable palme des “voeux les plus LOL“(minutebuzz) , le “concours du kitsch“(nouvelobs). Se sont démarqués également les voeux de la ministre Belge de la Culture Fadila Laanan, grande inconnue du public avant qu’elle ne décide de s’adresser à un ours en peluche en guise de vœux 2.0.

Pour ces deux personnalités peu suivies par les médias, leurs vœux auront été (toute analyse qualitative mise à part) un véritable succès en termes de vues (quasi 30 000 pour les vœux d’Hervé Morin uniquement sur DailyMotion, quand ceux de S.Royal n’en comptent que 12 000).

Pour Fadila Laanan, c’est sur Twitter que sa performance aura eu le plus d’écho, le hashtag #fadilalaanan explosant par des tweets de railleries, l’amenant à retirer sa vidéo…pour finalement la poster à nouveau avec un message explicitant ses intentions.

Les voeux sur Internet expriment cette tension entre cet effort de production d’un message se voulant “adapté” et sa récupération. Les figures politiques sur Internet n’inspirent pas la révérence qui est supposée être leur mode d’appropriation par  les citoyens : une vidéo classique restera relativement immobile, quand toute tentative d’humour ou de changement de style seront raillées. La figure politique est alors banalisée . Le rire et le commentaire sont les moyens de vulgariser cette figure, de la faire circuler, de la « trivialiser » au sens où le définit Yves Jeanneret.

Si présenter ses vœux sur Internet ne fait pas sens sur la question de la modernité supposée du corps politique, elle est en revanche une des expressions de ce schéma d’appropriation circulaire du message, où le politique en tant qu’instance énonciatrice nourrit un flux de reprises.

En présentant ses vœux, le politique met volontairement en représentation son décalage et offre consciemment sa représentation au détournement. Il participe activement à faire vivre ses avatars et perpétue ainsi l’activation d’imaginaires et la circulation du message et à être une figure publique, que chacun s’approprie.

Nous avons donc encore devant nous de longues et belles années de voeux sur Dailymotion !

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