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Milad Doueihi, un humaniste converti au numérique

January 14, 2011

On a déjà évoqué le nom de Milad Doueihi, dans un article sur le séminaire national « Les métamorphoses du livre et de la lecture à l’heure du numérique ». Il y était en effet intervenu en novembre dernier dans une table-ronde consacrée aux problématiques de la « lettrure ».

Historien du religieux dans l’Occident moderne, M. Doueihi est aussi titulaire depuis novembre de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval (Québec). Cette Chaire de recherche, dotée d’un budget de deux millions d’euros pour cinq ans, est née en octobre dernier d’un partenariat entre l’Université Laval et le Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF). Créé en 1970, le CIGREF regroupe plus de cent grandes entreprises et organismes français de tous les secteurs d’activité. Il a pour mission de promouvoir l’usage des systèmes d’information comme facteur d’innovation et de performance pour l’entreprise. Ce type de partenariat favorise donc la coopération entre le milieu universitaire et l’entreprise. L’objectif de cette Chaire est de comprendre le rôle joué par le domaine du numérique dans la transformation de la société et des entreprises, notamment en contribuant aux travaux en cours au sein des différents Laboratoires de l’Université Laval. Pour en savoir plus: la Chaire “Cultures numériques” tient son blog.

M. Doueihi est également l’auteur d’un ouvrage intitulé La Grande Conversion numérique et paru en 2008 au Seuil, dans lequel il explore les transformations du lien social qu’implique l’évolution d’une technologie essentiellement collective. Fidèle à sa posture d’historien des religions, il y engage la réflexion par une « confession » : « Je ne suis pas informaticien, ni technologue. Je ne suis pas non plus juriste, spécialisé dans la propriété intellectuelle et les subtilités du copyright. Je me considère comme un numéricien par accident, un simple utilisateur d’ordinateur qui a suivi les changements de l’environnement numérique au cours des vingt dernières années ».

C’est ce parcours atypique de M. Doueihi qui peut d’abord surprendre. D’ailleurs dimanche dernier, dans l’émission Place de la toile, Xavier de la Porte l’interrogeait précisément sur son parcours intellectuel et ses motivations. M. Doueihi se positionnait d’abord en tant qu’utilisateur des nouvelles technologies, ajoutant que c’est progressivement qu’il a été amené à découvrir des points de rencontre entre son domaine de recherches initial et le numérique. Selon lui, religion et culture numérique partagent des structures de médiation similaires, et s’inscrivent de ce fait dans une certaine continuité. Plus spécifiquement, le numérique comme la religion sont, de son point de vue, des techniques de configuration de l’espace comme du corps. Le numérique investit en effet le corps de manière inédite, en particulier par le biais du tactile et de la voix, de la réalité augmentée et des formes d’incarnation de l’identité numérique, que M. Doueihi rapproche du phénomène religieux de la représentation de l’individu.

Dans Place de la toile, M. Doueihi rappelait également que le numérique est souvent conçu comme une « révolution », voire comme la troisième révolution technique. Lui a souhaité étudier le numérique sous le modèle de la « conversion », idée véhiculée par le langage courant. C’est un fait, dans le numérique, tout se « convertit ». Ce modèle de la conversion permet selon lui d’expliquer le succès du numérique et d’en saisir les continuités mais également les transformations et ruptures. Dans l’univers numérique M. Doueihi observe ensuite des phénomènes de dissidence qui marquent les différentes évolutions, et qui là encore constituent un point d’intersection avec l’histoire de la religion dans laquelle des mouvements hérétiques vont à l’encontre de la monoculture en place et la transforment.

M. Doueihi travaille actuellement à un ouvrage intitulé Pour un humanisme numérique, qui paraîtra au Seuil, en mai prochain.

Retrouvez enfin Milad Doueihi à la conférence des MISC “Les experts du numérique : le Génie, le Geek et le Truand”, le 19 janvier à 19h ! Il introduira l’évènement qui aura lieu à La Cantine. Il reste des places disponibles, mais uniquement pour les professionnels. Pour s’inscrire, demandez votre code d’activation Amiando à conference@celsa-misc.fr.

Et pour ceux qui ne pourront pas être sur place,  la conférence sera retransmise en direct sur Agoroom !

Hashtag #confmisc11


5 Comments leave one →
  1. kawuet permalink
    January 16, 2011 5:39 pm

    ben, finalement, la société ne serait-elle pas divisée en
    trois catégories ? ceux qui étudient la toile – ceux qui la font –
    ceux qui l’imaginent. celui qui fait les trois existerait ? qui a
    fait votre logo, MISC, il est très beau.

    • Sophie B. permalink*
      January 16, 2011 7:20 pm

      Bonsoir Kawuet, merci pour ta présence. Ton retour pose beaucoup de questions, il y aurait beaucoup à répondre sûrement. Moi je te dirais qu’elle n’est pas bête ton idée d’une société divisée en trois catégories (ceux qui étudient la toile – ceux qui la font – ceux qui l’imaginent), mais qu’alors on parle exclusivement de la société numérique, parce qu’il reste des exclus de la toile. Vivrait-on le retour à une société des trois ordres version digitale, mais sur le mode collaboratif plutôt que hiérarchique?
      Si dans la suite de ton commentaire, tu penses à Milad Doueihi, oui il existe, tu peux même aller l’écouter à la conférence des MISC (retransmise en direct sur Agoroom le 19 janvier à 19h), sinon eh bien on sait que les araignées ont au moins huit pattes, elles peuvent faire plusieurs choses à la fois, alors oui évidemment, on peut étudier, créer, imaginer la toile, tout ça en même temps, peut-être même surtout quand on sort de MISC ?
      Et enfin, pour le logo, ton compliment s’adresse à un ami des MISC, qui l’a créé.
      A bientôt !

  2. rufado permalink
    January 17, 2011 9:20 pm

    Surprenant mais intéressant ce parallèle entre le numérique et le religieux… et l’étude du numérique selon le modèle de la “conversion”. Mais dans ce cas, quels sont les dogmes par rapport auxquels les “hérétiques” sont dits déviants ? Les standards de Microsoft en tant que système d’exploitation ? Le modèle de Google qui s’est imposé parmi d’autres moteurs de recherche moins connus ?
    M. Doueihi donne t-il des exemples ?

    • Sophie B. permalink*
      January 18, 2011 7:22 pm

      Merci Rufado pour ta remarque !
      Dans son interview sur Place de la toile, M. Doueihi donnait en fait l’exemple de l’open source et du logiciel libre, en se référant aux phénomènes de la dynamique des groupes plus qu’à l’existence de dogmes contestés ou non. Peut-être faut-il d’abord le comprendre sous l’angle sociologique de la religion (le conflit, la rupture entre des mouvements hétérodoxes minoritaires et l’orthodoxie).
      Concrètement, M. Doueihi rapprochait la manière dont une secte se démarque d’un héritage religieux dominant et le phénomène du « forking » selon lequel on crée un nouveau logiciel à partir du code source d’un logiciel existant.

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